Rurik's Blog

Un bel Article sur Pierre Dmitrienko dans Pariscope

Posted in ART by Rurik Dmitrienko on 17 octobre 2009

Pariscope, semaine du 14 au 20 octobre 2009

Pierre Dmitrienko

Par Alexandre Grenier

assassinat-biafrais 8

Biafrais IV, 1970

Christophe Gaillard, à qui l’on doit aujourd’hui la mise au jour de cette série oubliée et rarement exposée, a raison d’appeler Music à la rescousse dans son introduction du catalogue. Le Music de « Nous ne sommes pas les derniers) qui avait gardé caché au plus profond de sa mémoire (ou oublié en un déni?) ses années de camps de concentration avant de les jeter de façon libératoire sur le papier, un peu comme Pierre Dmitrienko qui a peint sur le conflit qui agita le Biafra à la fin des années 60. Conflit qui provoqua le début des mouvements humanitaires. Dmitrienko, alors âgé d’une quarantaine d’années, a été, comme beaucoup, choqué par ces images d’enfants mourants (près d’un million seraient morts dans ce conflit!), d’exécutions sommaires, de charniers que la télévision distillait alors avec parcimonie et qui ont réveillé les consciences des baby‑boomers qui en firent l’une de leurs premières causes à défendre. Mais ses tableaux ne parlent pas seulement d’exécutions, ils parlent aussi de notre fascination pour celles‑ci, pour cette médiatisation qui fait de nous des voyeurs et souvent nous conforte dans notre vie tranquille. Le Biafra n’a pas seulement signifié la poursuite d’une ère de massacre de masse, il a institué le jeu de la médiatisation et de la compassion », relève avec justesse Fabrice d’Almeida dans la préface du catalogue. Et en ces années‑là, après les révoltes estudiantines, le monde entrait dans l’ère de l’humanitaire. Dmitrienko, alors que s’estompait le volet Biafra, refermant la mémoire de ce qui s’y était passé, a voulu avec ses armes fixer à jamais une représentation de cette horreur (comme Fautrier avec ses « Otages »). C’est ainsi qu’est née cette série, symbole « du sentiment d’horreur et d’injustice qu’il avait éprouvé ». « L’Assassinat du Biafrais » est donc une image puissante, avec son bandeau sur les yeux, sa bouche ouverte montrant les dents que l’on voit sur tous les cadavres une fois les chairs rétractées et en cela, Dmitrienko se rapproche de tous ceux qui, avant lui, ont parlé avec autant de force et d’acuité de la mort en marche, de Vélasquez à Géricault. Dmitrienko nous parle donc ici de la guerre dans ce qu’elle a de plus inhumain, de plus repoussant, de plus inexcusable: le massacre d’innocents. Et pour cela il fallait des images fortes.   Celles‑ci le sont. Implacables, dérangeantes, terribles.

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